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Un coup de trafalgar

   " Il nous a fait un coup de Trafalgar… ". Cette bataille est ainsi passée dans le langage courant pour évoquer un coup en traître. Pourtant, il n’y avait pas de traîtrise : simplement des combats héroïques qui firent perdre aux Français l’essentiel de leur flotte. Une bataille dont les Anglais fêtent ce mois-ci, le 21 octobre, son 200e anniversaire.

   Une flotte française fragilisée
   Napoléon rêvait d’envahir l’Angleterre avec sa marine. Des projets précis d’invasion se préparaient, en cette année 1805, depuis Boulogne. La marine française était pourtant bien fragile ; la plupart de ses officiers avaient été guillotinés ou avaient émigré à l’étranger sous la Terreur. En 1791, il ne restait ainsi que 5 amiraux sur les 42, 40 capitaines de vaisseau sur les 170 et 356 lieutenants sur les 630 initiaux


   Un amiral qu’on n’écoute pas
   Né en 1763, Pierre-Charles de Villeneuve, qui allait commander la flotte française à Trafalgar, avait été destitué en tant que noble en 1793 mais réintégré deux ans plus tard.
En 1805, il prend la tête à Toulon de l’escadre franco-espagnole. Constatant au bout de cinq mois de mer l’inexpérience des équipages et la vétusté de nombreux bateaux, il demande à être remplacé. En vain. Napoléon s’impatiente et lui demande de dégager les différents blocus pour que les autres escadres puissent rallier Boulogne. Villeneuve réussit bien à débloquer les Antilles, mais en beaucoup plus de temps qu’il ne le faudrait. Avec de nombreux navires avariés par les batailles, le plan de l’empereur n’est plus exécutable, car les retards ont permis aux Anglais de se renforcer.
Pierre Charles Silvestre de Villeneuve


   Une sortie qui s’annonce mal
   Villeneuve, dont la flotte s’est réfugiée à Cadix en août, demande une nouvelle fois à être remplacé. Toujours en vain. L’ordre de Napoléon lui enjoignant de " quitter Cadix d’urgence " et " d’attaquer de façon décisive " toute flotte numériquement inférieure part le 14 septembre… mais ne lui parvient que le 27. Entre temps, la flotte anglaise qui bloquait Cadix est passée de 4 vaisseaux à 33, soit un nombre équivalent à celui des forces franco-espagnoles. Le conseil des amiraux alliés s’oppose à tout appareillage immédiat. Le 18 octobre pourtant, compte tenu de vents favorables et du départ de cinq vaisseaux anglais, Villeneuve donne l’ordre de sortir. Il exécute ainsi l’ordre de l’empereur.

La bataille de Trafalgar - 21 octobre 1805 - situation à 17h
Nicholas Pocock


   Une sortie qui s’annonce mal
   Les vaisseaux franco-espagnols doivent se placer en ligne de bataille, une " technique surannée " selon Villeneuve, mais ses équipages n’en connaissent pas d’autres. Comme ils l’exécutent mal, la flotte se retrouve dispersée. La bataille s’engage dans les conditions les plus défavorables, les Anglais réussissent aisément à briser la ligne. Villeneuve hisse le pavillon n° 5 indiquant que tout bateau sans adversaire doit attaquer le navire anglais le plus proche de lui. Mais plus d’une dizaine de vaisseaux franco-espagnols restent en dehors de la bataille en dépit des ordres. Au centre, le Victory de l’amiral anglais Nelson se rapproche du Bucentaure de Villeneuve. Le Redoutable s’interpose ; un marin parvient même à blesser mortellement l’amiral Nelson. L’issue de la bataille est pourtant déjà jouée…


   Un bilan désastreux
La Bataille de Trafalgar
J. M. W. Turner
   Bilan ? 400 marins anglais sont morts, pour 4 500 français et espagnols tués ou noyés. Une défaite qui anéantit pour longtemps la flotte française, même si, en apprenant la mort de Nelson, le roi George III aurait dit que l’Angleterre " a perdu plus qu’elle n’a gagné ". En France, le désastre est annoncé officiellement comme " une perte de navires pendant une tempête, succédant à un combat engagé imprudemment ".
Prisonnier des Anglais, libéré en avril 1806, Villeneuve se suicide quelques jours après son retour en France, après avoir laissé un mot à son épouse : " Ma tendre amie, je n’étais pas né pour un pareil sort. J’y ai été entraîné en dépit de moi-même ". Triste fin. Triste combat.

Texte : Marie-Odile Mergnac