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Intrigues à la cour

On suppose, on conseille, on agit, on joue les surpris, on place ses amis… Les intrigues de cour ne datent pas d'hier. L'un des maîtres en la matière était le cardinal de Richelieu, dont ce mois-ci marque le 400e anniversaire de la nomination à l'évêché de Luçon.

"L'évêché le plus crotté de France"

C'est parce que son frère y avait renoncé que Jean-Armand du Plessis (le futur cardinal de Richelieu) devint le 17 avril 1607 l'évêque de ce tout petit évêché situé en pays vendéen et en terre paysanne, l'"évêché le plus crotté de France" selon les propos de son titulaire. Pour le dénigrer ainsi, c'est qu'il souhaitait en sortir. Il y parviendra - et fort brillamment.

Aumônier de Marie de Médicis

Marie de Médicis et Richelieu Son intelligence et son zèle le firent choisir par la région comme délégué du clergé aux états généraux de 1614. Là, il sut se faire remarquer par la reine mère Marie de Médicis, qui le choisit comme aumônier. À une époque où la religion était essentielle, où se confesser, parfois quotidiennement, allait de soi pour la plupart des Grands, devenir le confesseur ou l'aumônier d'un membre de la famille royale revenait à exercer un pouvoir non officiel mais bien réel. Un ministre de l'ombre en quelque sorte, une "éminence grise" pour reprendre le surnom donné ultérieurement à Richelieu.

Savoir rebondir : un art essentiel

En 1616, Marie de Médicis fit de Richelieu un secrétaire d'État à la guerre. Poste important, mais qu'il devait entièrement à la reine. Or, pour le jeune roi Louis XIII qui tenait à exercer le pouvoir réellement maintenant qu'il en avait l'âge, la reine était un obstacle et ceux qui étaient ses "créatures", sorties des familles et des cercles d'amis qui lui devaient fidélité selon les règles de l'époque, étaient pareillement à écarter. Aussi Richelieu est-il disgracié en même temps que la reine, en 1617, et envoyé avec elle en exil.
Pour Richelieu, qui voulait la " grandeur du royaume " et qui était persuadé qu'il pouvait y jouer un rôle, le retour auprès du roi était un impératif. Il lui fallait amorcer une réconciliation puis changer d'alliance...

Retournement d'alliance... pour la grandeur de l'État !

Richelieu parvint à réconcilier Louis XIII et sa mère, ce qui lui valut le chapeau de cardinal en 1622. Ensuite, puisqu'il était appuyé par les deux, il obtint un poste au Conseil du roi en 1624. En quelques mois d'activité zélée et de souplesse diplomatique, cet habile tacticien sut devenir le "chef" officiel du Conseil. Il resta ainsi un ministre majeur jusqu'à sa mort, en 1642, soit pendant près de vingt ans. À la fois parce qu'il avait authentiquement la carrure et les talents d'un homme d'État, mais aussi parce qu'il avait la volonté de conforter le pouvoir royal, envers et contre tous, par la force comme par la ruse. Il contribua à réduire les deux contre-pouvoirs possibles : les protestants et la haute noblesse. Il écarta résolument du pouvoir son ancienne protectrice, la reine Marie de Médicis, qui jalousait l'influence qu'il avait acquise et complotait avec les Grands. Richelieu obtint même en 1630, alors qu'elle exigeait de son fils qu'il choisisse "entre un valet et sa mère", qu'elle soit emprisonnée, ses amis exilés ou exécutés. La reine parvint à fuir à l'étranger, mais elle ne revint jamais en terre française.

Texte : Marie-Odile Mergnac






 




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